e suis là pour faire tomber les a priori et essayer de
modifier l'image que vous vous faites du syndicaliste." Berty Mastrot, de la
CFDT, fait face à une dizaine d'étudiants de troisième année de Grenoble école
management (GEM), venus se former à la gestion des relations sociales. Intégrée
à l'option "droit du travail terrain" , cette formation doit "répondre
à la demande des entreprises" , explique Catherine Ferrier-Ranchoup,
enseignante à l'école, par ailleurs consultante en ressources humaines (RH).
Confrontées à la difficulté de leurs jeunes cadres à gérer les rapports avec les
syndicats, celles-ci ont, lors d'une récente évaluation du contenu des
programmes de l'école, pointé l'absence de prise en compte du volet social.
"L'union départementale Isère de la CFDT s'est tout de suite montrée
intéressée" , se félicite l'enseignante, qui a jugé important d'organiser la
formation à la Bourse du travail de Grenoble. "Les étudiants ignoraient
jusqu'à son existence" , déplore-t-elle.
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Ce jour-là, la partie ne s'annonce pas gagnée. Un tour de table confirme la longueur du chemin à parcourir pour venir à bout du cliché qui fait du syndicaliste un "gêneur" et un "empêcheur de diriger en rond" . Morceaux choisis : "On dirait que l'objectif des syndicats est de mettre à tout prix des bâtons dans les roues" , assène un étudiant, en contrat d'apprentissage en qualité d'adjoint de direction. Deux autres, intégrées au sein d'un service de RH, renchérissent : "Les organisations syndicales recherchent systématiquement la confrontation" et "sont campées dans une opposition à tout changement" .
JEU DE RÔLES
Echaudé par deux séances où il s'était retrouvé face à "de futurs créateurs d'entreprise qui raisonnaient déjà comme des patrons" , M. Mastrot se lance. Pourquoi devient-on militant syndical ? Quels sont les motivations, les comportements, les stratégies ? Comment préparer et mener une négociation ? Quels sont les pièges à éviter, les astuces ? Quatre heures plus tard, les étudiants avaient, sinon changé d'avis, du moins évolué. "Je me rends compte que, sans faire de copinage, on peut travailler ensemble" , admettra l'un d'eux. Un jeu de rôles simulant une négociation entre direction et syndicats avait un peu brouillé les points de vue : des futurs managers, ayant déjà adopté le langage de dirigeants, s'étaient vu obliger d'inventer la façon de contrer un discours qui d'habitude fait partie de leur quotidien.
Dans son exposé préparatoire, l'intervenant de la CFDT avait dressé une sorte de mode d'emploi de la négociation et énoncé des règles de base : "Présentez-vous à deux de façon à pouvoir à la fois mener le débat et observer les réactions de vos interlocuteurs pour repérer ceux sur lesquels vous pourrez vous appuyer et ceux au contraire dont vous devrez vous défier ; lancez la négociation par un tour de table ; ne dévoilez jamais vos cartes d'entrée de jeu." Voilà pour la technique de débat. Sur la forme, il avait énoncé certains stratagèmes : "Evitez d'avoir le soleil dans les yeux" ; "placez-vous de façon à pouvoir échanger avec la personne qui vous accompagne, sans être entendu" ; apprenez "à lire à l'envers" . "C'est vrai pour les deux parties" , note M. Mastrot.
Entendant une étudiante critiquer le ton employé par son camarade qui interprétait un délégué syndical, il avait rappelé celle-ci à l'ordre, lui reprochant de "perdre son sang-froid" . "Si la situation devient trop tendue, vous suspendez la négociation et proposez un café. C'est souvent lors d'une pause qu'on arrive à un accord" , avait-il confié.
Plus tard, il reconnaîtra avoir gardé pour lui "quelques trucs connus des seuls syndicats" . Cela ne le sauve pas des critiques. "Je sais que certains collègues ne seront pas d'accord avec notre démarche" , admet-il en se défendant de "donner des armes à l'adversaire" . "Je m'en tiens à des principes de base et ne rentre pas dans l'aspect tactique" , argumente-t-il, persuadé qu'en "trois ou quatre ans de pratique" les futurs managers qu'il forme "seraient arrivés au même niveau de connaissance" .