Dossier : Jour de Solidarité

 

Vous avez dit "Solidarité" ???

 

Les négociations entre Accenture et les organisations syndicales sur le jour de solidarité n’ont donc pas abouti : comme le prévoit la loi, ce sera donc le lundi de Pentecôte qui ne sera plus chômé chez Accenture.

 

De nombreuses organisations se sont mobilisées contre cette loi sans trouver de soutien chez les salariés français. Mais faut-il en vouloir à ces derniers ? Car, après tout, peut-on être réellement contre le jour de solidarité sans être taxé de vieil égoïste, voir d’anti-vieux ? Ici, comme souvent, les mots ne sont pas gratuits. Voilà une loi qui nous propose de soigner notre mauvaise conscience vis-à-vis du troisième âge et de nous faire oublier un certain été 2003. 

 

Ce qui pose problème ici, c’est bien la notion de solidarité et sa manifestation. Car cette solidarité n’est demandée ici qu’aux salariés et pas aux entreprises : le salarié travaille un jour de plus sans rémunération supplémentaire pendant que l’entreprise continue de « faire tourner la boutique » et de générer un jour de chiffre d’affaires supplémentaires. Accenture a d’ailleurs invoqué cette raison pour expliquer son choix du lundi de Pentecôte (et cela avant même que les négociations ne commencent) : ce jour a été choisi par la majorité de ses clients.

Nous arrivons donc à un paradoxe saisissant : le jour de solidarité est très certainement la mesure la moins solidaire prise par un gouvernement puisque, dans la relation entreprise –salariés, seuls ces derniers contribuent réellement à l’effort national.

 

Les supporters de cette mesure ne manqueront pas de réagir : la solidarité dont il est question est celle entre salariés et personnes âgées. Ce problème finalement très occidental trouve donc un écho favorable chez ceux pour qui la « vieillesse est un naufrage ». La vieillesse dérange : nous ne pouvons plus aujourd’hui accueillir « nos vieux » (comme on le dit amicalement) chez nous et toute mesure pour nous soulager est bonne à prendre. Car elle évite de poser les vrais problèmes liés à la vieillesse en la réduisant à un problème purement financier. Si nos aînés avaient besoin d’argent, pourquoi avoir supprimé la vignette auto au lieu de la réaffecter à sa vraie mission première : les personnes âgées ? La solidarité ne serait donc ici que financière : je suis solidaire de mon prochain en lui donnant de l’argent. Belle image pour les futures générations !

 

Bien sûr, les structures d’accueil et les services gériatriques des hôpitaux ont besoin d’argent- c’est incontestable !-, mais d’autres moyens de financement existent. Chez Accenture par exemple, les heures supplémentaires aujourd’hui non déclarées et donc pour lesquelles la société ne paye pas de charges, pourraient demain en apparaissant soudain sur le time report, rendre obsolète une telle mesure pour notre entreprise. Sans aller aussi loin, les anciens se souviendront du jour Partner offert chaque année aux salariés et supprimé lors de la mise en place des 35 heures : Accenture sait faire cadeau d’un jour à ses salariés !

 

A plus long terme, nous pouvons en tant que citoyens nous inquiéter d’une politique qui ne trouve comme solution de financement que la vente de son patrimoine et la suppression de jours historiquement chômés.

Allons-nous financer demain les retraites en instituant le jour du retraité qui nous fera travailler le lundi de Pâques ? Le 11 novembre pour financer les régions françaises sinistrées ? Le jeudi de l’Ascension pour le déficit de la Secu ?

Le danger de ces mesures est qu’elles sont irréversibles et ne produisent pour le gouvernement qu’un revenu « one shot » et non une source de financement à long terme.

 

Je ne travaillerai pas le Lundi de Pentecôte : je vais prendre un ARTT et aller me promener avec mes enfants au bois de Vincennes. Si je croise un couple de vieux, promis je les embrasse.

 

Jérôme Chemin